le logement: une priorité sociale
Interview d’Eric Schatz, conseiller municipal de la ville de Pau, élu sur la liste d’opposition de gauche, conduite par les verts, sur la question du logement à Pau
Peux-tu dégager une tendance générale de la politique municipal du logement de la mairie ?
Eric Schatz : Il faut d’abord partir de la corrélation entre la hausse du prix des loyers, du prix de l’ensemble bâti, le peu de terrains disponibles et la passivité des politiques municipales. Cela se retrouve dans beaucoup de régions, notamment dans le Sud Ouest. Sur Pau, la hausse des prix du logement a atteint des sommets cette année avec une croissance à deux chiffres. Pour combattre cette tendance haussière dûe au fait que le secteur privé s’accapare le marché, il faut développer le secteur public par la création de logements sociaux. Cette solution publique doit être aussi apportée dans le domaine du logement étudiant puisque les étudiants qui viennent accomplir leur cursus universitaire à Pau sont souvent contraints de se loger en ville à des tarifs prohibitifs et se trouvent dans l'obligation de travailler afin de couvrir le coût des loyers. Aujourd’hui, le problème du logement dépasse les populations les plus précaires et même les travailleurs de condition modeste, puisque les classes intermédiaires éprouvent des difficultés pour se loger à des prix abordables et les logements qu'ils trouvent en ville ne correspondent pas à leurs besoins. Par exemple, les familles ont du mal à s’installer au centre-ville, ne trouvant que des appartements trop petits.
La politique de la ville peut intervenir par d’autres leviers. Il faudrait proposer au conseil municipal une taxe supplémentaire sur les 1200 résidences secondaires de Pau intra muros. On peut craindre que la hausse des prix ne s’accentue, à l’exemple du pays basque où les jeunes ne peuvent plus se loger. La politique municipale vise plutôt à développer le secteur touristique, secteur créateur d’emplois sous- qualifiés. Quels bilans quantitatif et qualitatif en terme de retombées économiques et de créations d'emplois ont été faits à la suite de l'implantation de la ligne Pau-Londres par Ryanair avec l'aide de la CCI ?
On voit se développer un tourisme de luxe. La mairie permet aux infrastructures de se positionner sur Pau et de se construire. Les deux derniers hôtels qui ont été construits sont des hôtels quatre étoiles. Il faudrait développer un tourisme plus populaire et plus respectueux de l’environnement et du développement durable, plus profitable aux petites structures et créateur de profits partagés.
Sur Pau, on peut craindre dans un futur proche que de nombreuses enseignes (chaînes, multinationales et franchises) s'accaparent l'espace public au détriment de véritables lieux de vie, d'échanges culturels notamment dans le quartier du palais des Pyrénées. L'espace public est alors vendu aux plus offrants , donc aux plus puissants financièrement, tel qu'il l'a été au bénéfice des grandes surfaces en périphérie du centre-ville.
Les collectivités publiques versent des aides au secteur privé ( industriels ou touristiques), qui les sollicitent. On assiste à une sorte de surenchère pour l’implantation d'industries ou de sociétés, de lignes aériennes. C’est un véritable chantage à l’argent public. Au bout du compte, il y a une hémorragie de l’argent public en faveur de sociétés qui sont souvent peu soucieuses de réinvestir ou de créer des emplois. Il faudrait que les aides soient conditionnées à des engagements contractuels de créations d’emplois. Les profits passent dans des entreprises qui réinvestissent l’argent à la bourse, un argent qui détruit l’emploi, ou ils passent dans l’immobilier en faisant gonfler la bulle spéculative. Cela doit être régulé. Une ville dite de « gauche » doit veiller à combattre ou à réguler les injustices sociales qui sont générées par une politique nationale, au service du grand patronat et des actionnaires. C’est le problème de beaucoup de collectivités territoriales pilotées par la « gauche » mais qui s'obstinent à mettre en oeuvre des politiques libérales.
En se promenant sur Pau, on peut voir de nombreuses baraques murées, des maisons inoccupées. Que se passe-t’il ?
Il existe un gros problème de logements vides sur Pau : un quart des logements sont effectivement vides dans le centre. On peut voir des squats habités par des SDF ne souhaitant pas se rendre en structures d’accueil. Le fait que la mairie ne réagisse pas trahit un manque de volonté évident. Les causes sont néanmoins variées. Il peut s’agir de logements de personnes âgées, mais il s’agit aussi de propriétaires qui laissent volontairement leurs biens se délabrer en attente d’aides publiques ou para-publiques à la rénovation. Il existe une loi qui prévoit la réquisition des logements vides, elle doit être appliquée.
Se pose aussi un autre problème, celui des logements insalubres occupés, loués au tarif limite des APL. Il faut instaurer des contrôles très stricts et systématiques sur la salubrité et l’hygiène de l’immobilier.
Quelle politique pour les SDF sur Pau ?
Il s’agit d’une gestion d’urgence, mise en oeuvre lors des périodes de grand froid. Seules des solutions d’urgence concernant l’hébergement sont recherchées. Il n’y a aucun traitement des problèmes de manière globale. C'est à la paupérisation et à l'exclusion dans notre société qu'il faut s'attaquer.
Il faut mener une bataille pour que les SDF en couple puissent rester ensemble dans les foyers, et que les chiens ne soient pas amenés systématiquement à la fourrière. Des règles trop strictes sont appliquées sur l’entrée en foyer comme l’heure de rentrée précoce et le non respect de l’envie légitime d’être en couple. En fait, tout est fait pour que le système fonctionne mal.
Dans les années 90, la mairie de Pau avait mis en place un arrêté anti mendicité. M. Labarrère a promis de ne plus y avoir recours suite à l'indignation populaire et grâce aussi au combat de plusieurs associations.
En ce qui concerne les logements sociaux ?
Il s’agit d’un problème national. Sur Pau, le quota de 20% de logements sociaux est respecté, ce n'est pas le cas de toutes les villes de la CdA. Néanmoins, il y a de plus en plus de besoins au niveau du logement social. Les listes d'attente s'allongent!
Des villes, comme Anglet ou Biarritz, préfèrent payer une amende que de respecter le quota d’implantation de logements sociaux, avec la bienveillance des contribuables, qui préfèrent aussi contribuer à payer que d’avoir des logements sociaux à côté de chez eux. Ces amendes sont inefficaces et tout le monde le sait!. Il faut appliquer des mesures coercitives.
Les sociétés gestionnaires des HLM fonctionnent avec une gestion calquée sur le modèle d’une entreprise, et cherchent à dégager des bénéfices. Sur Pau, dernièrement, j'ai lu qu'une représentante de la CGT qui siégeait dans une telle instance s'était retirée, dénonçant des pratiques peu honorables .
Il faut aussi disperser les logements sociaux dans tous les quartiers, pour créer une véritable mixité sociale, sans quoi on ne fera que reconstruire de nouveaux ghettos et générer à nouveau de l'exclusion en reproduisant ce qui ne marche pas.
Les grands travaux de l’Ousse des Bois sont financés par l’ANRU, par l’argent de l’état, qui finance l’immobilier et le paysage urbain. Mais la politique sociale qui va créer un lien social n’est pas assez développée. Les agences (institutions mises en place afin de lutter contre le chômage), telles que la Mission Locale, la Maison de l’emploi, etc… orientent les demandeurs d’emplois vers des métiers ou des centres de formation qui répondent davantage à la demande d’un marché local en quête de personnel peu qualifié et peu rémunéré au lieu de répondre aux aspirations des populations concernées en termes d'emplois et de formations.
Comment peut-on expliquer l’importance de la taxe d’habitation à Pau ?
Elle est due à la politique de la ville. Une forme de mégalomanie qui consiste à vouloir faire de Pau une ville bourgeoise. La mairie finance des projets qui n’ont rien à voir avec une conception sociale du développement économique. Il faudrait remettre complètement à plat les bases de la taxe d’habitation. Il y a des quartiers qui payent trop cher, mais d’autres plus favorisés qui bénéficient de certaines bienveillances. La pression fiscale est très importante à Pau. On ne peut pas se satisfaire du seul fait que beaucoup de foyers soient plafonnés ou que d’autres soient exonérés.
Comment combattre ces dysfonctionnements ?
En développant le secteur public en matière de logement social, en ayant une politique d’acquisition immobilière beaucoup plus volontariste, on se donnera les moyens de contrer la tendance haussière du secteur privé.
Il faut envisager une politique bien plus dynamique pour combattre les marchands de sommeil, ceux qui louent des appartements insalubres ou qui ne louent pas du tout afin de faire monter les prix de l’immobilier. Il y a aussi d'autres choix à faire en terme d'orientations budgétaires et de développement économique.
(source: Journal Etudiant)