Le Marché à l'assaut de l'Ecole
(article rédigé le le 20 octobre 2006)
Le Marché à l'assaut de l'école...
Privatiser l'école? Absurde ! pensent beaucoup d'entre nous, il n'y a rien de lucratif dans notre monde éducatif. Et pourtant, l'attaque du marché est là, insidieuse, logée dans nos ordinateurs, dans nos manuels, dans nos sorties, etc.
Les logiques de privatisation sont dictées par l'appât incessant de gains supplémentaires pour les actionnaires. C'est ainsi que tout le domaine public est passé à la moulinette des privatisations, les secteurs les plus rentables les premiers. Côté éducation, plusieurs axes intéressent ces rapaces:
1-privatisations effectives en bas et en haut: les 2 ans, qui ne sont plus accueillis à l'école iront à la crèche, quand ce ne seront pas les trois puis les quatre ans... tandis que les universités sont mises en concurrence, de plus en plus tournées vers le monde marchand (voyez l'envol des frais d'inscription). Les lycées sont dépouillés d'options, au profit des établissements privés. Les parents soucieux de la richesse cuturelle de leurs enfants leur paieront des cours particuliers, s'ils le peuvent!
2-le monde éducatif est détourné de ses valeurs initiales, « former des citoyens libres et égaux en droits ». La belle parole « on ne naît pas humain, on le devient » se transforme irrésistiblement en « si on naît corvéable , on deviendra jetable ». Il ne s'agit plus que de produire des individus employables et en concurrence, à des degrés de culture ou d'inculture indécents. La mise à disposition de jeunes de 14 ans au monde des entreprises , par le biais de « l'appentissage précoce » est un recul sans précédent.
3-Remise en cause de la laïcité. Ce qui reste du cadre scolaire est utilisé par des grandes marques qui proposent des outils pédagogiques dans tous les domaines, avec l'assentiment de l'Education nationale : animation, nutrition, sécurité routière, protection de l'environnement, etc.
citons entre autres les petits déjeuners ou goûters équilibrés offerts par Nestlé ou Danone, les jeux Micosoft, les animations Renault, les campagnes Edouard Leclerc ou Truffaut, l'initiation à la lecture avec Pepito, les leçons d'anatomie Tampax, l'hygiène dentaire par Colgate, Mac Do, etc.
En se substituant au ministère public qui devrait être le seul à proposer des animations de ce type, les marchands investissent l'école, cadre privilégié leur assurant la caution des enseignants. L'école devient un verrou stratégique pour fidéliser au plus tôt ces jeunes consommateurs, à l'abri des sollicitations parasites. Il suffit pour le marketing scolaire d'observer des critères de discrétion dans la taille des « logos » (JO 5 avril 2001), les enseignants se chargeant, sans le savoir, de leur livrer du temps de cerveau disponible et vulnérable dans une quasi clandestinité.
Ainsi, nous sommes face à un double détournement insidieux de l'Education Nationale. Celle-ci devient un formidable terrain de conditionnement pubicitaire et consumériste au lieu d'être un univers émancipateur et porteur de culture humaniste. Nous ne serons pas dupes et nous ne nous laisserons pas abuser par la pseudo générosité de ces marchands aux dents longues. Face à l'aliénation des esprits, nous opposons la faculté de construire des citoyens riches de culture, de discernement, de soif d'apprendre et de comprendre.
Anne Ganchou et Pierre Arrabie-Aubiès,
membres de Collectifs Pour les Candidatures Unitaires Antilibérales
....à suivre... (malheureusement)